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#Remise en forme

Velib'... l'échappée belle

Par

 Sibylle

Sibylle

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Publié le 01/01/1970


Daynamiq, plateforme de gestion de projet Daynamiq, plateforme de gestion de projet

On m’avait dit « méfie-toi, y aura du monde », alors je me suis méfiée. 8h30, je suis prête, la borne est à moins de 300m, l’étape du jour est courte : 5 km maximum entre la maison et la Bastoche, pas de contre-la-montre ni de maillot jaune en perspective, l’entraîneur me suivra en me hurlant des conseils, j’ai bien reçu ce matin ma petite injection de « vitamines », y a donc pas de raison que je craque, hier soir j’ai mangé des pâtes et même si y a plus de Benco, j’emporte de l’Ovomaltine. La foule sera-t-elle là pour me tendre une bouteille d’eau comme aux marathoniens de l’avenue Foch ? Je l’espère… En tout cas, pas question de rester en queue de peloton. Il pleut, en principe c’est mieux, oublions le regard vitreux du britannique Tom Simpson à la dérive, tombant puis se relevant pour mourir, tel un chemin de croix moderne, victime du doping et d’un soleil anthropophage sur les monts du Ventoux, en avant et Allez Poupou !

Faut dire j’ai eu du bol ce matin, la borne de Patrick Jouin (selon lui, « elle évoque l’arbre » et cela tellement bien que j’ai l’impression désagréable que même les chiens du quartier s’y sont laissés prendre) était pleine de vélos encore tous beaux, tous propres, un petit coup de carte bancaire (1€) et hop, à moi les pentes des Champs-Elysées (à défaut du Galibier et de l’Alpe d’Huez) et les pavés glissants de la Grande Armée (qui remplaceront les mythiques pavés de Roubaix).

Je porte un short en jean See by Chloé (125 €), un débardeur en coton noir American Apparel (17 €), une ceinture en cuir troué métallisé Fendi (425 €), des sneakers Puma orange (assorties au gris des vélos choisi perso par l’atrabilaire Delanoë), et un coupe-pluie orange aussi (Koodza 42 €). Je me suis parfumée de « Black Violet » de Tom Ford (série des 12 parfums « Private Blend ») et j’ai pris mon « Uptown » de cuir moka, le nouveau YSL designé par Stéfano Pilati, en taille medium (1295 €). Je serai l’Eddy Merckx de l’Urban Chic, l’acmé du vélowear !

Départ tout en douceur, même si les 22 kg du vélo sont un peu durs à enlever. Quelques mètres sur le trottoir sous l’œil courroucé des passants et je tente audacieusement l’avenue. C’est facile comme tout, on dirait que j’ai fait ça toute ma vie. Rappelez-vous Fausto Coppi aussi léger sur son vélo qu’un archet caressant un violoncelle, c’est quasiment moi, la roue du vélo glisse comme un frisbee et m’entraîne irrémédiablement vers la victoire du prologue. Premier feu, un camionneur chauve ambigu me propose de faire la voiture-balai, haussement d’épaules dégoûté et départ sur les chapeaux de roues pour un chrono comparable à celui de Jan Ullrich dans le contre-la-montre de la montée du Port-de-Larrau.

Je sens dans mes mollets élégamment bronzés (Gel ensoleillant Lancaster 24,30 € sur Marionnaud) la fulgurance d’un coursier new-yorkais dépourvu de toute lucidité. Place de la Concorde, je me joins au peloton hétéroclite des nouveaux adeptes qui musardent et jouent au facteur, je sors mon bidon flambant neuf (Koodza 1,90 €) et je m’envoie une petite giclette tonifiante (Planètefitness) directement au fond du gosier. Les voitures me frôlent avec une certaine malveillance, je décide de garder le maillot du meilleur grimpeur encore une étape et tente l’échappée belle malgré un vent défavorable et ce satané sac à main peu adapté aux formes du panier. Je m’en débarrasse sous les hourras de la foule et appuie sur les pédales au risque de niquer définitivement mes Puma.

J’attaque, les pavés m’inspirent, ma montre cardio-fréquence explose (Orégon 29,90 € Actufitness) et mes gants (Koodza 9 €) laissent des traînées noirâtres sur les poignées, je roule à bloc, la sueur dégouline en vagues palpables le long de mes cuisses entr’ouvertes et l’odeur fétide de la Seine me donne la nausée, un coup de pied me débarrasse définitivement d’un sprinteur ressemblant bizarrement à Fabian Cancellera (aurais-je rattrapé le tour ?) et mes lunettes poisseuses (Aptonia 14 €  Koodza ) glissent rageusement le long de mon visage tragique.

La pluie ruisselle, le vélo résiste mais la roue me semble soudain lourde comme le boulet d’un bagnard, vais-je tenir jusqu’à Bastille ? Je m’envoie trois barres hypercaloriques (Planètefitness) qui me tombent dans l’estomac comme un parpaing du haut d’une tour, quand soudain, jaillissant tel un croûton d’une soupe boueuse, un cadre sup au taquet me double à la corde dans un jaillissement d’eau putride. Je me sens envahie d’une faiblesse bouleversante et stoppe vaincue aux pieds du Génie qui me contemple sarcastique.

Il peut sur mon vélo comme il pleut sur la ville. La bornette accepte de récupérer son bien. Les zélotes de la bicyclette regardent d’un air atterré la boue qui macule leur nouveau Dieu, l’ordalie a tranché, je retourne à une vie de sybarite abandonnant tout espoir d’un maillot qui ne soit pas de cachemire. La concession Maserati et la vraie vie m’attendent.

Sibylle


En pratique Vélib’ :
- Abonnement 1 an : 29 €, nombre de trajets illimité. Téléchargez le formulaire sur velib.paris.fr
- Abonnement courte durée : ticket 1jour :1 €, 7 jours : 5 €.
Première 1/2h gratuite, puis 1€ la 1ère 1/2h supplémentaire, 2€ la 2ème 1/2h supplémentaire, puis 4€ chaque 1/2h supplémentaire.
Si toutes les bornettes sont pleines à votre arrivée, vous disposez d’1/4h supplémentaire pour atteindre la plus proche ! A vos marques…

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