On mavait dit « méfie-toi, y aura du monde », alors je me suis méfiée. 8h30, je suis prête, la borne est à moins de 300m, létape du jour est courte : 5 km maximum entre la maison et la Bastoche, pas de contre-la-montre ni de maillot jaune en perspective, lentraîneur me suivra en me hurlant des conseils, jai bien reçu ce matin ma petite injection de « vitamines », y a donc pas de raison que je craque, hier soir jai mangé des pâtes et même si y a plus de Benco, jemporte de lOvomaltine. La foule sera-t-elle là pour me tendre une bouteille deau comme aux marathoniens de lavenue Foch ? Je lespère
En tout cas, pas question de rester en queue de peloton. Il pleut, en principe cest mieux, oublions le regard vitreux du britannique Tom Simpson à la dérive, tombant puis se relevant pour mourir, tel un chemin de croix moderne, victime du doping et dun soleil anthropophage sur les monts du Ventoux, en avant et Allez Poupou !
Faut dire jai eu du bol ce matin, la borne de Patrick Jouin (selon lui, « elle évoque larbre » et cela tellement bien que jai limpression désagréable que même les chiens du quartier sy sont laissés prendre) était pleine de vélos encore tous beaux, tous propres, un petit coup de carte bancaire (1) et hop, à moi les pentes des Champs-Elysées (à défaut du Galibier et de lAlpe dHuez) et les pavés glissants de la Grande Armée (qui remplaceront les mythiques pavés de Roubaix).
Je porte un short en jean See by Chloé (125 ), un débardeur en coton noir American Apparel (17 ), une ceinture en cuir troué métallisé Fendi (425 ), des sneakers Puma orange (assorties au gris des vélos choisi perso par latrabilaire Delanoë), et un coupe-pluie orange aussi (Koodza 42 ). Je me suis parfumée de « Black Violet » de Tom Ford (série des 12 parfums « Private Blend ») et jai pris mon « Uptown » de cuir moka, le nouveau YSL designé par Stéfano Pilati, en taille medium (1295 ). Je serai lEddy Merckx de lUrban Chic, lacmé du vélowear !
Départ tout en douceur, même si les 22 kg du vélo sont un peu durs à enlever. Quelques mètres sur le trottoir sous lil courroucé des passants et je tente audacieusement lavenue. Cest facile comme tout, on dirait que jai fait ça toute ma vie. Rappelez-vous Fausto Coppi aussi léger sur son vélo quun archet caressant un violoncelle, cest quasiment moi, la roue du vélo glisse comme un frisbee et mentraîne irrémédiablement vers la victoire du prologue. Premier feu, un camionneur chauve ambigu me propose de faire la voiture-balai, haussement dépaules dégoûté et départ sur les chapeaux de roues pour un chrono comparable à celui de Jan Ullrich dans le contre-la-montre de la montée du Port-de-Larrau.
Je sens dans mes mollets élégamment bronzés (Gel ensoleillant Lancaster 24,30 sur Marionnaud) la fulgurance dun coursier new-yorkais dépourvu de toute lucidité. Place de la Concorde, je me joins au peloton hétéroclite des nouveaux adeptes qui musardent et jouent au facteur, je sors mon bidon flambant neuf (Koodza 1,90 ) et je menvoie une petite giclette tonifiante (Planètefitness) directement au fond du gosier. Les voitures me frôlent avec une certaine malveillance, je décide de garder le maillot du meilleur grimpeur encore une étape et tente léchappée belle malgré un vent défavorable et ce satané sac à main peu adapté aux formes du panier. Je men débarrasse sous les hourras de la foule et appuie sur les pédales au risque de niquer définitivement mes Puma.
Jattaque, les pavés minspirent, ma montre cardio-fréquence explose (Orégon 29,90 Actufitness) et mes gants (Koodza 9 ) laissent des traînées noirâtres sur les poignées, je roule à bloc, la sueur dégouline en vagues palpables le long de mes cuisses entrouvertes et lodeur fétide de la Seine me donne la nausée, un coup de pied me débarrasse définitivement dun sprinteur ressemblant bizarrement à Fabian Cancellera (aurais-je rattrapé le tour ?) et mes lunettes poisseuses (Aptonia 14 Koodza ) glissent rageusement le long de mon visage tragique.
La pluie ruisselle, le vélo résiste mais la roue me semble soudain lourde comme le boulet dun bagnard, vais-je tenir jusquà Bastille ? Je menvoie trois barres hypercaloriques (Planètefitness) qui me tombent dans lestomac comme un parpaing du haut dune tour, quand soudain, jaillissant tel un croûton dune soupe boueuse, un cadre sup au taquet me double à la corde dans un jaillissement deau putride. Je me sens envahie dune faiblesse bouleversante et stoppe vaincue aux pieds du Génie qui me contemple sarcastique.
Il peut sur mon vélo comme il pleut sur la ville. La bornette accepte de récupérer son bien. Les zélotes de la bicyclette regardent dun air atterré la boue qui macule leur nouveau Dieu, lordalie a tranché, je retourne à une vie de sybarite abandonnant tout espoir dun maillot qui ne soit pas de cachemire. La concession Maserati et la vraie vie mattendent.
Sibylle
En pratique Vélib :
- Abonnement 1 an : 29 , nombre de trajets illimité. Téléchargez le formulaire sur velib.paris.fr
- Abonnement courte durée : ticket 1jour :1 , 7 jours : 5 .
Première 1/2h gratuite, puis 1 la 1ère 1/2h supplémentaire, 2 la 2ème 1/2h supplémentaire, puis 4 chaque 1/2h supplémentaire.
Si toutes les bornettes sont pleines à votre arrivée, vous disposez d1/4h supplémentaire pour atteindre la plus proche ! A vos marques


