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#Prêt à porter

Vacances européennes (1ère partie)

Par

 Sibylle

Sibylle

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Publié le 01/01/1970


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A la faveur de l’été, pour le voyageur enthousiaste ayant marné tout l’hiver et décidé dans un instant de lucidité de regarder soudain ailleurs, à l’instar d’un Pablo Néruda ou d’un Giuseppe Tomasi di Lampédusa (mais en beaucoup plus modeste), les découvertes s’accumulent, jaillissent soudain au moment le plus inattendu, le ravissent et le suffoquent, lui rappellent à chaque instant la nécessité de voyager sans cesse pour connaître (un peu) celui qu’on taxerait bien vite de différent – inquiétant donc - si cette rencontre improvisée ne lui montrait pas d’un seul coup le ravissement jamais rassasié de la découverte d’une autre culture.

- A Chamonix (Dress-code Givenchy : Pantalon à pont de laine blanche, pull à col roulé blanc, bottines noirs Barbara Bui, sac Hogan)
Ouvrir sa fenêtre le premier matin et voir juste devant soi le soleil éblouir le Mont-Blanc. S’apercevoir que l’air de la montagne est si pur qu’on en avait oublié le goût, et l’herbe si verte qu’on aimerait flotter dedans. Se lever à l’aube pour tremper ses pieds dans l’eau glacée d’un torrent et jouir sans retenue d’un moment de beauté éblouissante. Tenter l’escalade de l’ « American Beauty » ou la montée vers l’Aiguille du Midi, redescendre lorsque le soleil s’éteint, se mêler à la foule et céder à nouveau à la tentation d’un shopping de luxe (Ah la boutique Chanel de Chamonix !) et d’un verre à la terrasse de l’Hôtel du Mont-blanc, ne rater pour rien au monde la Fête des Guides en se souvenant de Frison Roche et s’endormir repue pour atteindre le rêve récurrent d’une vie (presque) naturelle.

- A Genève (Dress-code Ambiente : veste courte et fuseau noirs, bottines noires et sac noir Jill Sander)
Se souvenir des dernières images d’ « Indochine » et découvrir que la fuite d’eau géante au milieu du lac de Genève n’a toujours pas été réparée. Réfléchir à l’angoissante question de savoir si, après avoir déposé ses quelques économies dans une des innombrables banques, on souhaite en dilapider vainement le restant en se payant une montre (Patek-Philippe, Jaeger-Lecoultre, Audemars Piguet, Baume&Mercier, Bell&Ross, Blancpain, Breguet, Rolex, Tag Heuer, Urwerk, Hublot Genève, Lange&Söhne, ou même Swatch … je continue ?), sachant que ces admirables commerçants suisses acceptent toutes les devises et les liasses de cash avec la plus grande gratitude. Prendre le Pont du Mont-Blanc et la Promenade du Lac pour approcher au plus près les cygnes crasseux qui n’échapperont aux lames multiples du dernier Victorinox que parce que l’eau n’est guère plus tentante qu’une déversée d’égout un jour de grosse pluie. S’enfuir après avoir dévalisé « L’Ours de Berne » et accumulé suffisamment de chocolat et autres douceurs pour affronter le dégoût inévitable qui suivra le vomissement à grand jets d’une partie de ces dernières et l’euphorie furtive de la culpabilité.

- A Venise (Dress-code Valentino : robe de soie Crème, escarpins et sac Bottega Veneta, bijoux Bulgari)
Oublier tout le reste et se plonger dans les reflets de la lagune, s’extasier avec sincérité mais modération Place Saint Marc mais voir sans retenue les plus beaux musées d’art contemporain et les petites ruelles authentiques.
Monter dans le Vaporetto c’est déjà le début d’autre chose, la lumière vous saute aux yeux, les cris des mouettes et les déplacements de tous les bateaux semblent bien aléatoires, le bruissement de l’eau vous ravit, les japonais s’affolent, le prix du passage est exorbitant, on se demande si les prestations de l’hôtel dégotté au hasard seront à la mesure d’un prix digne de l’avidité d’un bougna auvergnat au mieux de sa forme. Mais ce qui compte c’est l’emplacement, et la vue sur le Grand Canal vaut tous les matins du monde. Un Riva vous dépose majestueusement devant le Palazzo Grassi de François Pinault et l’exposition « Sequence. 1 » vous accueille avec la tête de mort faite de milliers d’ustensiles de cuisines en acier de l’artiste indien Subodh Gupta. Présentée à l’occasion de la Biennale de Venise, la sélection faite propose 16 artistes dont l’œuvre fortement imprégnée du minimalisme de Marcel Duchamp met en évidence à la fois peinture et sculpture comme formes artistiques toujours d’actualité et aussi stimulantes que la vidéo, les installations et la photographie. « Jet Set Lady » accueille les visiteurs à l’intérieur du Palais, l’arbre de Urs Fisher haut de 11m et aux ramifications multiples traduit le parcours spirituel de l’artiste (parcours semble-t-il assez porté sur le sexe, ou est-ce moi qui comprend mal ?).

Un peu plus loin, un lapin minuscule, toujours de Fisher, tient sa culotte entre ses deux oreilles, une souris posée devant des Mark Rothko joue du violoncelle, les piles de vieux New York Post de Rober Gober jaunissent lentement tandis que sa jambe de cire (souvenir parait-il enfantin d’une mère infirmière) implantée de poils humains tente de faire un croche-patte aux visiteurs anéantis. Les trois vieux micros d’Anselm Reyle attendent un crooner indécis devant son mur uniformément jaune fluo tandis qu’un vieux paquet de cigarettes vide se balance rondement sur le sol sous l’œil perplexe d’un enfant malingre. L’artiste californienne Laura Owens s’inspire de Miro et des estampes japonaises pour produire des toiles qui n’ont à mon goût d’autre mérite que celui d’avoir attiré l’œil marchand de Pinault, à l’inverse du japonais Takashi Murakami et du français Martial Raysse (Nu jaune et calme 1963) dont les sujets féminins inspirés de la publicité et de l’histoire de l’art d’Ingres au Tintoret nous réconcilie avec la beauté. Les visiteurs sont rares, le palais somptueux, les Grassi, d’anciens propriétaires terriens établis à Chioggia qui firent partie de la noblesse vénitienne à partir de 1732, auraient certainement été époustouflés « per l’arte dei nostri tempi ».

Le Riva nous attend pour nous déposer un peu plus au centre, la frénésie bizarrement nous saisit en voyant d’un seul coup regroupées les marques italiennes les plus luxueuses du monde, Etro, Damiani, Gucci, Fendi, Bottega Veneta, Versace, Frette ou Ferragamo mélangées aux boutiques de souvenirs, aux gantiers et aux fabricants délicieusement rétro de petits sujets en argent poinçonnés du lion de Venise ; la foule s’agglutine fatalement comme les insectes sur un corps encore chaud et se rapproche inexorablement, un effroi sans nom s’empare de nous et nous pousse à nous retrancher dans notre chambre d’hôtel dont les fenêtres de salle de bain bessonniennes donnant sur le canal nous évoquent sans détour « la femme bordel, la femme ! »

Palazzo Venier dei Leoni - « il palazzo non finito » -, Peggy Guggenheim repose en compagnie de ses 14 chiens (dont Emily, Hong-Kong et Gypsy) sous les frondaisons du jardins et les sculptures de Dan Graham, Herbert Hamak ou Anish Kapoor. Collection d’art européen et américain de la première moitié du XXème siècle, la plus importante d’Italie avec les œuvres de Kandinsky, Malévitch, Picasso, Max Ernst, Mondrian et Klee, Braque, Brancusi, Masson, Chagall Miro, Victor Brauner, Jean Arp, Chirico et Dali, Ellworth Kelly (Orange/red relief), Giacometti (La Femme Egorgée) et Modigliani (Ritratto dell pittore Frank Haviland). On n’hésite pas longtemps entre Emilio Vedova, premier artiste rencontré par Peggy lors de son arrivée à Venise en 1946 et étoile naissante de l’avant-garde européenne et Matthew Barney dont la performance (Field Dressing - opéra fait à Yale en 1989 pour sa thèse) alliant vidéo et sculpture consiste, tout en étant suspendu nu (quel travail pour atteindre la jouissance…) par des harnais, à se laisser tomber dans une gelée de pétrole réfrigérée et à se remplir tous les orifices de vaseline, opération qui nous laisse supposer un esprit bien plus tortueux que celui du jésuite le plus aguerri.
Adieu à Venise, son apparence et son mystère, ses mythes et ses fantasmes, le Dorsoduro et San Stefano, la pointe de la Dogana et la plage du Lido, les pigeons de Saint Marc et les rats gourmands des ténèbres, le linge aux fenêtres, les carabiniers et les mammas, la perfidie de Casanova et sa séduction éternelle.

Cette semaine : se replonger dans une atmosphère délicieusement italienne avec « Le jardin des Finzi-Contini »

Dum haec in oriente aguntur, Arelate hiemem agens Constantius post theatralis ludos atque circenses ambitioso editos apparatu diem sextum idus Octobre...


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