- A Chamonix (Dress-code Givenchy : Pantalon à pont de laine blanche, pull à col roulé blanc, bottines noirs Barbara Bui, sac Hogan) Ouvrir sa fenêtre le premier matin et voir juste devant soi le soleil éblouir le Mont-Blanc. Sapercevoir que lair de la montagne est si pur quon en avait oublié le goût, et lherbe si verte quon aimerait flotter dedans. Se lever à laube pour tremper ses pieds dans leau glacée dun torrent et jouir sans retenue dun moment de beauté éblouissante. Tenter lescalade de l « American Beauty » ou la montée vers lAiguille du Midi, redescendre lorsque le soleil séteint, se mêler à la foule et céder à nouveau à la tentation dun shopping de luxe (Ah la boutique Chanel de Chamonix !) et dun verre à la terrasse de lHôtel du Mont-blanc, ne rater pour rien au monde la Fête des Guides en se souvenant de Frison Roche et sendormir repue pour atteindre le rêve récurrent dune vie (presque) naturelle.
- A Genève (Dress-code Ambiente : veste courte et fuseau noirs, bottines noires et sac noir Jill Sander)
Se souvenir des dernières images d « Indochine » et découvrir que la fuite deau géante au milieu du lac de Genève na toujours pas été réparée. Réfléchir à langoissante question de savoir si, après avoir déposé ses quelques économies dans une des innombrables banques, on souhaite en dilapider vainement le restant en se payant une montre (Patek-Philippe, Jaeger-Lecoultre, Audemars Piguet, Baume&Mercier, Bell&Ross, Blancpain, Breguet, Rolex, Tag Heuer, Urwerk, Hublot Genève, Lange&Söhne, ou même Swatch
je continue ?), sachant que ces admirables commerçants suisses acceptent toutes les devises et les liasses de cash avec la plus grande gratitude. Prendre le Pont du Mont-Blanc et la Promenade du Lac pour approcher au plus près les cygnes crasseux qui néchapperont aux lames multiples du dernier Victorinox que parce que leau nest guère plus tentante quune déversée dégout un jour de grosse pluie. Senfuir après avoir dévalisé « LOurs de Berne » et accumulé suffisamment de chocolat et autres douceurs pour affronter le dégoût inévitable qui suivra le vomissement à grand jets dune partie de ces dernières et leuphorie furtive de la culpabilité. - A Venise (Dress-code Valentino : robe de soie Crème, escarpins et sac Bottega Veneta, bijoux Bulgari)
Oublier tout le reste et se plonger dans les reflets de la lagune, sextasier avec sincérité mais modération Place Saint Marc mais voir sans retenue les plus beaux musées dart contemporain et les petites ruelles authentiques.
Monter dans le Vaporetto cest déjà le début dautre chose, la lumière vous saute aux yeux, les cris des mouettes et les déplacements de tous les bateaux semblent bien aléatoires, le bruissement de leau vous ravit, les japonais saffolent, le prix du passage est exorbitant, on se demande si les prestations de lhôtel dégotté au hasard seront à la mesure dun prix digne de lavidité dun bougna auvergnat au mieux de sa forme. Mais ce qui compte cest lemplacement, et la vue sur le Grand Canal vaut tous les matins du monde. Un Riva vous dépose majestueusement devant le Palazzo Grassi de François Pinault et lexposition « Sequence. 1 » vous accueille avec la tête de mort faite de milliers dustensiles de cuisines en acier de lartiste indien Subodh Gupta. Présentée à loccasion de la Biennale de Venise, la sélection faite propose 16 artistes dont luvre fortement imprégnée du minimalisme de Marcel Duchamp met en évidence à la fois peinture et sculpture comme formes artistiques toujours dactualité et aussi stimulantes que la vidéo, les installations et la photographie. « Jet Set Lady » accueille les visiteurs à lintérieur du Palais, larbre de Urs Fisher haut de 11m et aux ramifications multiples traduit le parcours spirituel de lartiste (parcours semble-t-il assez porté sur le sexe, ou est-ce moi qui comprend mal ?).
Un peu plus loin, un lapin minuscule, toujours de Fisher, tient sa culotte entre ses deux oreilles, une souris posée devant des Mark Rothko joue du violoncelle, les piles de vieux New York Post de Rober Gober jaunissent lentement tandis que sa jambe de cire (souvenir parait-il enfantin dune mère infirmière) implantée de poils humains tente de faire un croche-patte aux visiteurs anéantis. Les trois vieux micros dAnselm Reyle attendent un crooner indécis devant son mur uniformément jaune fluo tandis quun vieux paquet de cigarettes vide se balance rondement sur le sol sous lil perplexe dun enfant malingre. Lartiste californienne Laura Owens sinspire de Miro et des estampes japonaises pour produire des toiles qui nont à mon goût dautre mérite que celui davoir attiré lil marchand de Pinault, à linverse du japonais Takashi Murakami et du français Martial Raysse (Nu jaune et calme 1963) dont les sujets féminins inspirés de la publicité et de lhistoire de lart dIngres au Tintoret nous réconcilie avec la beauté. Les visiteurs sont rares, le palais somptueux, les Grassi, danciens propriétaires terriens établis à Chioggia qui firent partie de la noblesse vénitienne à partir de 1732, auraient certainement été époustouflés « per larte dei nostri tempi ». Le Riva nous attend pour nous déposer un peu plus au centre, la frénésie bizarrement nous saisit en voyant dun seul coup regroupées les marques italiennes les plus luxueuses du monde, Etro, Damiani, Gucci, Fendi, Bottega Veneta, Versace, Frette ou Ferragamo mélangées aux boutiques de souvenirs, aux gantiers et aux fabricants délicieusement rétro de petits sujets en argent poinçonnés du lion de Venise ; la foule sagglutine fatalement comme les insectes sur un corps encore chaud et se rapproche inexorablement, un effroi sans nom sempare de nous et nous pousse à nous retrancher dans notre chambre dhôtel dont les fenêtres de salle de bain bessonniennes donnant sur le canal nous évoquent sans détour « la femme bordel, la femme ! »
Palazzo Venier dei Leoni - « il palazzo non finito » -, Peggy Guggenheim repose en compagnie de ses 14 chiens (dont Emily, Hong-Kong et Gypsy) sous les frondaisons du jardins et les sculptures de Dan Graham, Herbert Hamak ou Anish Kapoor. Collection dart européen et américain de la première moitié du XXème siècle, la plus importante dItalie avec les uvres de Kandinsky, Malévitch, Picasso, Max Ernst, Mondrian et Klee, Braque, Brancusi, Masson, Chagall Miro, Victor Brauner, Jean Arp, Chirico et Dali, Ellworth Kelly (Orange/red relief), Giacometti (La Femme Egorgée) et Modigliani (Ritratto dell pittore Frank Haviland). On nhésite pas longtemps entre Emilio Vedova, premier artiste rencontré par Peggy lors de son arrivée à Venise en 1946 et étoile naissante de lavant-garde européenne et Matthew Barney dont la performance (Field Dressing - opéra fait à Yale en 1989 pour sa thèse) alliant vidéo et sculpture consiste, tout en étant suspendu nu (quel travail pour atteindre la jouissance ) par des harnais, à se laisser tomber dans une gelée de pétrole réfrigérée et à se remplir tous les orifices de vaseline, opération qui nous laisse supposer un esprit bien plus tortueux que celui du jésuite le plus aguerri.
Adieu à Venise, son apparence et son mystère, ses mythes et ses fantasmes, le Dorsoduro et San Stefano, la pointe de la Dogana et la plage du Lido, les pigeons de Saint Marc et les rats gourmands des ténèbres, le linge aux fenêtres, les carabiniers et les mammas, la perfidie de Casanova et sa séduction éternelle.
Cette semaine : se replonger dans une atmosphère délicieusement italienne avec « Le jardin des Finzi-Contini »


