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Shopping estival

Par

 Sibylle

Sibylle

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Publié le 01/01/1970


Daynamiq, plateforme de gestion de projet Daynamiq, plateforme de gestion de projet

Sur que les vacances c’est pas fait pour ça ! Se taper le plein au supermarché en compagnie des bobs assortis aux tongs, on en redemande pas souvent, en revanche profiter d’un petit matin hasardeux ou d’un après-midi pluvieux pour faire les courses de la rentrée et dealer quelques bonnes affaires, se farcir le baratin du meilleur vendeur de chez Schmidt pour améliorer l’ameublement de vacances ou s’occuper un peu de soi en décrochant un rendez-vous de dernière minute chez Dessange, on peut l’envisager comme le challenge de la semaine avec au bout du rouleau la palme (pour moi) du meilleur client du mois !
 
15h34 (ça déjeune tard en province !) : Dans un hurlement de pneus sur le bitume, typique de ma dévorante fièvre acheteuse, je m’arrête brutalement sur l’immensité macadamisée des parkings de la zone commerciale de R2 (vrai diminutif et non pas nom de code !) et m’engouffre, tel une prédatrice sur sa proie, dans le premier hangar prévu : La Halle aux Vêtements Enfants, parce que l’enfant en question, même pourri gâté depuis sa plus tendre enfance, grandit sans cesse et a, malheur, toujours besoin d’autant de nouveautés qu’un camé de crack. Surface immense genre hangar, sauf que là, à la place des avions, on a seulement un amoncellement de portants et de couleurs à vous donner le vertige. Mais miracle, faut croire que le chaland est resté sur la plage, et 10 mn plus tard on ressort avec deux tenues de rentrée qui ferait passer le dernier bouseux de campagne pour un citadin raffiné, le tout pour un prix frôlant le meilleur des trip (jupe de velours kaki 11,99€, chemise blanche et petit pull court de coton gris 16,99, veste de coton à bords volantés kaki 22,99€ pour les filles, jean 9,99€, tee-shirt Creeks 6,99€ et parka en toile brune 19,99€ pour les garçons en 5ans). Pour moi une paire d’escarpins noirs plus étonnamment chicos que trash à la Halle aux Chaussures (bizarrement le même modèle que chez Eden Shoes mais moitié moins cher : 49,90) et quelques pulls de coton basiques bien coupés (12,90€ chez Gémo, musique de supermarché en prime) me donne soudain l’envie de renoncer au paréo et de réintégrer illico l’esclavage urbain pourtant honni tout l’hiver.

Enthousiasmée par de si bons débuts, j’entre chez Mobis mais la vendeuse qui a sans doute atteint ses quotas de l’été depuis bien longtemps ne me positionne visiblement pas en objectif prioritaire et refuse, sinon de m’adresser la parole, tout au moins de me vendre un mange-debout qui n’était pourtant pas mal du tout (Verre trempé et chrome 139€, tabouret 95€). Art de la vente mieux appliqué chez Bois et Chiffons par une responsable qui, malgré une mise en plis désastreuse, tente de mettre en pratique un pouvoir de persuasion dont la disparition reste la hantise ultime de tout bon négociateur. Entre mobilier faussement exotique et déco style coloniale, je jette mon dévolu sur une table de teck massif (1.310 €) superbe et un lot de boutis indiens (de 39 à 159 €) dont l’envie me taraudait depuis fort longtemps et qui feront des nappes ou des couvre-lits dignes du décor d’un roman de Tom Clancy revu Elle-déco façon Cote Atlantique.

16h22 je tente (malgré moi) Gifi, entrainée par une marmaille savamment appâtée par un stock de ballons de plage. Bazar moderne, et ordre totalement aléatoire, une boite de fricassée de cèpes (6,95 €) côtoie la « Chasse aux trésors » de Dora l’exploratrice (19,95 €), une boite de pions de poker (12,95 €, la faute à Bruel qui nous a transmis le virus) pousse les brosses à cheveux en céramique (2,50 €), tandis que des nains de jardins solaires clignotant des souhaits de bienvenue (19,95 €) sont alignés, tels des soldats prêts au combat, face à des rangées de casseroles dignes des meilleurs chefs. Ecrasée par la jouissance d’une telle banalité, je ressors hagarde (mais au fond éblouie) et regagne, escortée par des enfants ayant découvert l’apogée d’un shopping décentralisé, la vraie ville et l’homme inquiet qui nous y attendait.

Tout étant affaire de timing, il sort à l’instant hilare de son cher Jacques Dessange estival qui lui a prodigué comme tous les ans pour 30 € un massage délicat et une coupe parfaite qui l’ont transformé de citadin harassé en play-boy acidulé. Epoustouflés, nous nous laissons remorquer, prêts à engouffrer, en même temps que ses louanges énamourées, la tonne de crème glacée amplement méritée.

Sibylle

Dum haec in oriente aguntur, Arelate hiemem agens Constantius post theatralis ludos atque circenses ambitioso editos apparatu diem sextum idus Octobre...


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