PRIX FEMINA 2008 :Jean-Louis FOURNIER : « Où on va Papa ? » (Stock, 14,25). Lécrivain tourne cette fois-ci le dos à sa fantaisie habituelle pour parler ou plutôt pour faire enfin des héros de ces deux fils, Mathieu et Thomas, tous les deux gravement handicapés moteurs et mentaux. Après un long silence, il parle damour avec humour, du regard des autres et de la compassion si commode, de lespoir et de la dérision nécessaire pour survivre, du désespoir quotidien et des fêtes tragiques, des amis absents, de lhorreur du soulagement de certains lorsque la mort survient On rit jaune dun humour très noir, mais on lit pour savoir et comprendre.
PRIX NOBEL DE LITTERATURE 2008 : Jean-Marie GUSTAVE LE CLEZIO « Ritournelle de la faim » (Gallimard 17,10). Lécrivain presque nomade et très secret de la francophonie (mi français-mi mauricien) continue à vouloir avant tout interroger le monde grâce à ses romans et tenter de comprendre simplement sa réalité. Il refuse tout schématisme préétabli et dit « Jécris pour essayer de savoir qui je suis ». Son roman démarre donc au commencement de son existence, dans le Nice de 1940, le chaos et la rupture, les vagues de migrants, le lieu ou tout est possible.
PRIX GONCOURT 2008 :Atiq RAHIMI « Syngué Sabour » (P.O.L. 15). Lécrivain afghan cinéaste et romancier, né à Kaboul en 1962 et réfugié en France depuis 1980 a en commun avec le lauréat du prix Renaudot le fait davoir fuit leur pays respectifs pour échapper aux répressions. Après plusieurs romans écrit en afghan, celui-ci est le premier a avoir été écrit en français, il raconte dune langue précise et coupante comme celle dun scalpel le destin difficile dune femme afghane tantôt rageuse, tantôt blessée, triste ou humiliée, luttant pour recouvrer une certaine liberté morale, familiale, conjugale et religieuse face à un mari blessé pendant la guerre, mourant et servant de réceptacle à sa détresse.
PRIX MEDICIS 2008 : Jean-Marie BLAS DE ROBLES « Là où les tigres sont chez eux » (Zulma 23,28). Dix années de travail de lécrivain philosophe spécialiste darchéologie sous-marine et 800 pages foisonnantes furent nécessaires pour nous conduire à la suite du héros Eléazard von Wogau, correspondant de presse brésilien exilé dans la vieille ville dAlcantara, doté dune femme anthropologue et dune fille aux aventures sentimentales complexes, sur les traces dAthanase Kircher, un jésuite fantasque du XVIIème siècle passionné de mathématiques et dorientalisme dont il est censé produire une critique raisonné de la biographie. Récit aux multiples personnages entrecroisant leurs vies, aventure ou philosophie, histoire des civilisations à travers toute lEurope du XVIIème siècle jusquau Brésil daujourdhui.Egalement Prix FNAC
PRIX MEDICIS DU ROMAN ETRANGER 2008 :Alain Claude SULZER « Un garçon parfait » (éditions Jacqueline Chambon 17,10). Premier roman traduit en français de lécrivain suisse allemand, litinéraire de deux garçons homosexuels dans les années 30 et après la guerre. Le « garçon parfait » est Ernest, employé tranquille dans un palace suisse, mais sous cette apparente perfection se cache la blessure immense dun amour impossible avec Jacob qui a du fuir lAllemagne dans les années 30.
GRAND PRIX DE LACADEMIE FRANCAISE 2008 : Marc BRESSAN « La dernière conférence » (éditions de Fallois, 17,10). Cet ancien diplomate sappuie sur son expérience pour raconter via le journal de son héros Tromelin la dernière conférence de la guerre Froide, en Octobre 89 à Londres. En deux mois, chute du Mur de Berlin, fin des démocraties populaires, derniers affrontements des diplomates des deux blocs, hésitations ultimes et tremblement de lEurope sous lil fasciné dethnologue dun homme au cur du tumulte.
PRIX DE FLORE 2008 :Tristan GARCIA « La meilleure part des hommes » (Gallimard 17,58). Premier roman publié dun jeune auteur généralement inspiré par la science-fiction et le fantastique, et qui raconte lémergence du sida et ses conséquences dans le milieu homosexuel.
PRIX RENAUDOT 2008 :Tierno MONEMEMBO « Le Roi de Kahel » (Seuil 18,05): Lhistoire de la grande épopée romancée dAimé-Olivier de Sanderval, surnommé Yémé par le peuple Peul, un précurseur de la colonisation décidant de conquérir à titre privé une partie de louest africain pour y installer une voie de chemin de fer et affrontant pour cela hommes, traditions et climat. Après de multiples voyages il finira, épuisé, par échouer et se réfugiera à Marseille, deviendra mystique et mourra dans le dénuement. On retrouve la dérision présente dans les précédents romans de lauteur guinéen « Les crapauds-brousse » (1979), « Les écailles du ciel » (1986), « Lainé des orphelins » (2000).
Mais aussi, à lire absolument :
Fabrice PLISKIN :« Le juif et la métisse » (Flammarion 18,05) : Ou lhistoire dun juif quadra bobo, tiraillé entre sa bonne conscience intellectuelle de gauche, son confort bourgeois de droite, son métier qui le fait enseigner aux autres lhistoire des génocides, la violence de sa vie ordinaire et son amour complexe pour une métisse de droite proclamant un multiculturalisme de bon aloi et un désir plus exotique
Régis JAUFFRET : « Lacrimosa » (Gallimard, 15,68) : Lauteur génial de « Microfictions » change son fusil dépaule et livre cette fois un récit inspiré de faits réels. Histoire damour avant tout, un écrivain arrivé à mi-chemin de son existence, désabusé plus que cynique, aime une journaliste plus jeune que lui et pleine didéaux, lhistoire commence bien et finira très mal, elle se pendra de désespoir après lui avoir préféré un skipper bronzé de Djerba ! Mais cest de littérature quil sagit et au-delà de lintrigue elle-même, cest la construction magnifique quil faut voir, léchange de lettres entre lécrivain et son amour perdu, le « vous » en face du « tu », le souvenir torturant face à la disparue, et deux solitudes qui nont jamais réussi à se rejoindre.
Laura KASISCHKE :« La couronne verte » (C.Bourgois, 20,90) : On avais adoré « A moi pour toujours (Poche 6,60) lhistoire dune quadra américaine bien rangée des voitures dont la vie tout entière basculait en entrainant toute la famille jusquau meurtre lorsquelle se découvrait lespoir de quelque amoureux secret. On a aimé aussi « La vie devant ses yeux » (Poche 6,65) où une femme tranquille, presque la même, perd léquilibre à cause dun passé et dun choix impossible ; on lit son dernier roman avec le même bonheur dobservation dune société qui semble si lisse mais ou le moindre faux pas vous précipite dans un drame presque prévisible. On aime le style si précis, la poésie, la gravité et lhistoire de la naïveté, de la transgression nécessaire et du doute de deux jeunes filles en ballade au Mexique,
Paul FUSCO : « RFK » (réédition 2008 avec ajouts du Funeral Train de 2000, éditions Aperture 50): 1968, Robert Francis Kennedy, le frère de JFK, est assassiné. Evénement charnière de la société américaine, le livre publie les documents photos pris par lauteur alors journaliste chez LOOK durant le voyage funéraire ferroviaire rapatriant le cercueil de New-York à Washington, la foule se rassemblant sur les quais de gare et le long des rails, la cérémonie à la Cathédrale Saint Patrick et lenterrement au cimetière dArlington la nuit.


