
Samuel von Brukenthal (1721-1803), jeune juriste féru darts et de sciences venu de Transylvanie jusquà Vienne parfaire son éducation, devint le favori de Marie-Thérèse dAutriche qui le nomma Chancelier puis Gouverneur, et neut de cesse surtout de lui offrir des tableaux parmi lesquels des uvres des plus grands maitres de lécole flamande du XV au XVIIème siècle, très en vogue alors à Vienne.
Ces dons sajoutèrent à sa propre collection venue de toute lEurope, qui compte plus de 13000 volumes dont des manuscrits et incunables, 1300 tableaux et 800 gravures, et fit de lui une des plus grands collectionneurs de son époque.
Aujourdhui Jacquemard-André présente une cinquantaine de tableaux, pour beaucoup de grands maitres flamands et propose de se replonger dans le Gothique tardif, la Renaissance Italienne et celle du Nord.
-« Lhomme au chaperon bleu » de Jan Van Eyck (1390 env, 1464) est un des tableaux majeurs. Dès ses premières uvres, Van Eyck fait preuve dune appréhension moderne de la réalité quil analyse, mesure et représente avec maitrise. Tout au long de son uvre, on retrouve le souci de situer les figures par rapport à leur environnement et la volonté détablir la mesure de lhomme.
Préconisant les différences de proportions pour situer sur des plans différents le Divin et le Terrestre, prenant position dans ses uvres de « témoin » (« fuit hic »), Van Eyck, bien que valet de chambre de Philippe Le Bon et peintre de cour, fut linterprète des coutumes et de la culture de la haute bourgeoisie de son temps. Longtemps attribué à Durer, « Lhomme au chaperon bleu » est reconnu comme uvre de Van Eyck ou du moins de son atelier, on y retrouve lexaltation du rang social mis en valeur par la pâleur des visages et des mains ressortant sur des fonds et des vêtements sombres.
- « Portrait dhomme lisant » de Hans Memling (1465-1494). Memling fut le peintre de la délicatesse et de lintimisme visionnaire. Délaissant les solutions réalistes tendant à situer la figure dans lespace, il construit ses représentations sur des bases extérieures à lexpérience sensible mais obéissant à des principes de proportions et dharmonie. Prédominance des horizontales et symétrie, efflorescence de couleurs, dor, de fins détails décoratifs donnent à son uvre une sérénité et un calme hors du temps. Très apprécié de son temps, il fut lun des artistes les plus imités dans son pays, en particulier par les miniaturistes de lécole de Bruges qui répandirent son style dans toute lEurope.

- « Le massacre des Innocents à Bethléem » de Pieter Bruegel le Vieux (1525/1530-1569) et Pieter Bruegel le Jeune. Dans le Nord, le passage de la peinture gothique à celle de la Renaissance ne fut pas aussi net quen Italie, et les Bruegel, comme Bosch, restent des exemples de ce gothique persévérant pendant tout le XIVème siècle et jusquau XVIème.
Les lignes sinueuses, lattention portée aux détails naturalistes, un certain esprit courtois et une élégance dans le style en désaccord avec les intentions de la Renaissance caractérisent la société christocentrique de lépoque gothique.
Bruegel introduit dans la thématique religieuse lidée de linfiniment petit, il tire des récits populaires, des proverbes ou de la sagesse commune lidée dun nivellement dans la représentation des choses et développe une conception résolument nouvelle et naturaliste inscrivant sur la toile non pas un récit unitaire mais une véritable saga en forme dépopée négative.
- « Ecce Homo » de Tiziano Vecellio dit Le Titien (1490-1576). Venise assiste au début de ce nouveau siècle à laffirmation soudaine dexpériences nouvelles dépourvues de préjugés, cette nouvelle évolution, en harmonie avec Raphael et Michel Ange est représentée par Le Titien et Giorgione. Incarnant le mythe de la peinture vénitienne, peignant pour les cours royales, la renommée du Titien sétend de son vivant dans toute lEurope. Passant dun style à ses débuts austère et monumental contrastant avec les raccourcis tourmentés duvres plus tardives fortement influencées par la peinture de Michel Ange. Sa période maniériste, au chromatisme plus expressif, est considérée comme majeure par les critiques contemporains.
On retrouvera encore des toiles de David Teniers le jeune (1610-1690) à lart descriptif aisé mais soigneux (Lauberge flamande, La visite chez le médecin du Village) et Frans Van Mieris (1635-1681/ Soldat à sa fenêtre fumant sa pipe) dans la grande tradition flamande de la scène de genre, dépeignant laristocratie mais aussi le quotidien des milieux simples avec un réalisme prépondérant.
Les natures mortes sont illustrées par les peintures de Jan Davidsz de Heem et Erasme Quellin (Guirlande de fruits sur un postament antique en trompe-lil avec la Sainte Famille), Joris Van Son (Nature morte à la colonne), Johann Georg Hinz (Le cabinet des curiosités), ou Jeremias Van Winghe (La cuisinière flamande)
La peinture dhistoire par Le Titien mais également Jacob Jordaens (Trois femmes et un enfant, la Sainte Famille), Léonard Bramer (Ponce Pilate)
LA COLLECTION BRUKENTHAL, du 11 septembre 2009 au 11 janvier 2010, Musée Jacquemart-André, 158 bd Haussmann, 75008. 10h/18h, nocturne le lundi jusquà 21h30. Tarif plein 11, tarif réduit 8,20.
Sibylle avec laide de « Histoire de lart » éditions Solar.


