3 millions d’euros, c’est le prix de l’installation de l’exposition, dont une grande partie versée par les mécènes, 17 œuvres datant de 1980 à nos jours et choisis par l’artiste pour s’harmoniser avec le cadre, 800 personnes (dont les Chirac et les Pinault, l’artiste lui-même au look étonnament plus strict que son œuvre et un Aillagon rayonnant) seulement le jour de l’inauguration (autrement dit on ne se bousculait pas d’une pièce à l’autre), un diner Lenôtre servi au Trianon, et un feu d’artifice monochrome doré tiré sur le grand Canal, un buste de Louis XIV, une lune de 3 mètres en inox orange, un énorme bouquet de fleurs de porcelaine (« Large vase of flowers
»), un cochon, un homard orange (« Lobster ») tout en alu invoquant les jouets de plage déclenchant quelques remarques goguenardes parmi les nobles invités sur un soi-disant coté pornographique, un train en métal argenté, un buste de Mickaël Jackson acoquiné d’un singe, un lapin (« Rabbit ») sensuel, froid et ludique finalement génial, et, dehors dans les parterres de l’Orangerie, un étrange animal mi dinosaure mi cheval à bascule (« Split Rocker ») dont la construction a nécessité 400 000 plantes de saison, pensées, violettes et géraniums irriguées en permanence grâce à un système phénoménale de vannes, de sondes, de terre et de goutte-à-goutte commandé par un ordinateur central placé au centre de l’œuvre ( par lequel sachez-le on accède par un petite porte invisible), des milliers de plantes de rechange prêtes à remplacer la moindre défaillance…
JEFF KOONS à Versailles, c’est évidemment l’expo de la rentrée, surprenante, dérangeante pour les plus classiques offusqués par l’intrusion de l’art contemporain dans ce monument historique , mais somptueuse, lumineuse, baroque, pop et extravagante mettant en lumière 20 ans du travail acharné sur la matière d’un artiste complet reconnu depuis longtemps dans le monde de l’art contemporain et ayant battu le record mondial d’enchères de son vivant. Mettant en avant les archétypes de la culture de masse mondiale, transformant en icône les jouets lui rappelant l’enfance, glorifiant l’imagerie populaire enfouie au fond de notre subconscient, il parvient, mélange de Duchamps ou de Wahrol, à nous émouvoir au sein de ce Versailles qui fut bien sur déjà de son temps « un laboratoire des modes » (citation de Mr Aillagon).
Autres temps, autre style, autre expo majeure de l’automne : PICASSO ET LES MAITRES
Plus fantastique et tellement poétique, conte de fée moderne mis en scène par Matthew Bourne, Edward aux mains d’argent, l’homme inventé qui a reçu un cœur et un cerveau mais qui est resté inachevé avec pour seules mains de longs ciseaux aux lames acérées, fils putatif de Frankenstein et Pinocchio, d’après l’œuvre culte de Tim Burton. Théâtre du Chatelet du 8/10/08 au 2/11/08, de 33 à 115€, résa à la Fnac.